Représentation symbolique du coût élevé des thérapies ciblées dans le système de santé suisse
Publié le 15 mai 2024

Le coût exorbitant des thérapies ciblées en Suisse n’est pas seulement dû à la recherche, mais à un système qui fixe leur prix sur le bénéfice thérapeutique attendu, et non sur leur coût de production réel.

  • Un traitement peut être jugé « économique » par l’OFSP même s’il coûte plus de 100’000 CHF par an, si son efficacité est démontrée.
  • Près d’un tiers des traitements oncologiques sont « hors-liste », soumis à l’approbation au cas par cas de l’assurance (art. 71), créant des inégalités d’accès.

Recommandation : Comprendre les étapes du test génomique et le rôle de l’article 71 OAMal est crucial pour anticiper les discussions avec votre oncologue et votre assurance.

En tant qu’oncologue, je partage quotidiennement l’espoir immense que suscitent les thérapies ciblées. Ces traitements révolutionnaires, qui attaquent les cellules cancéreuses avec une précision chirurgicale, ont transformé le pronostic de nombreux patients. Mais cet espoir est souvent teinté d’une angoisse bien réelle, une question que beaucoup d’entre vous se posent en silence ou à voix haute : comment une seule injection peut-elle coûter le prix d’une voiture de luxe ? Vous lisez des chiffres dans la presse, vous entendez parler de traitements à 50’000 ou 100’000 francs, et vous vous demandez comment notre système de santé, si performant soit-il, peut supporter de tels coûts.

L’explication la plus courante, celle que l’on entend partout, est le coût de la recherche et du développement (R&D). C’est une réalité indéniable : des années de recherche et des milliards investis sont nécessaires pour mettre un seul médicament sur le marché. Cependant, se focaliser uniquement sur la R&D, c’est passer à côté de la véritable mécanique qui régit les prix en Suisse. La clé n’est pas tant dans le coût de fabrication de la molécule que dans la valeur qu’on lui attribue. Le véritable enjeu est de comprendre la déconnexion fondamentale entre le coût de production, souvent faible, et le prix final, fixé selon des critères d’efficacité et de comparaison internationale.

Cet article a pour but de vous éclairer, en tant que patient, proche ou citoyen, sur ce paradoxe. Nous allons décortiquer ensemble les mécanismes qui déterminent ces prix astronomiques, depuis l’analyse de votre profil génétique jusqu’aux négociations complexes entre les firmes pharmaceutiques, l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) et les assureurs. L’objectif n’est pas de juger, mais de vous donner les clés pour comprendre un système qui cherche un équilibre fragile entre l’accès à l’innovation de pointe et la pérennité financière de notre assurance maladie.

Pour naviguer dans ce sujet complexe, nous aborderons les différentes facettes du problème, des raisons économiques aux conséquences humaines, en passant par les perspectives d’avenir de la médecine personnalisée en Suisse.

Pourquoi une injection peut-elle coûter 50’000 CHF alors que la production est peu coûteuse ?

La question la plus troublante est celle de la déconnexion entre le coût de fabrication d’un médicament et son prix de vente. Pour un traitement biologique, le coût de production d’une dose peut être de quelques centaines de francs, alors que son prix facturé atteint des dizaines de milliers. La raison de cet écart abyssal se trouve dans le modèle de fixation des prix en Suisse. Le prix n’est pas basé sur une logique de « coût + marge », mais sur la valeur thérapeutique qu’il apporte au patient et au système.

L’OFSP évalue un nouveau médicament en se basant sur deux critères principaux : la comparaison avec les prix pratiqués dans d’autres pays européens et, surtout, la comparaison avec les traitements existants. Si un nouveau médicament démontre un bénéfice supérieur (par exemple, quelques mois de vie en plus ou une meilleure qualité de vie), un prix plus élevé est jugé acceptable. C’est le concept d’économicité, un pilier de notre Loi sur l’assurance-maladie (LAMal). Dans ce cadre, un traitement très cher peut être considéré comme « économique » si l’alternative est encore plus coûteuse ou moins efficace. En Suisse, il n’est pas rare que des thérapies combinées dépassent régulièrement 100’000 francs par année et par patient.

Cette logique est clairement assumée par les autorités, comme le résume un porte-parole de l’OFSP dans une enquête de la RTS sur les marges des entreprises pharmaceutiques :

Si on se base sur le coût de recherche et développement, le prix de l’Herceptin n’est pas justifié. En revanche, si on s’appuie sur notre base légale, ce prix correspond à nos critères d’économicité.

– Porte-parole de l’OFSP, RTS – Les marges spectaculaires des pharmas sur le cancer en Suisse

Un exemple frappant est celui du Keytruda, un anticancéreux majeur. Son coût annuel par patient s’élève à environ 80’000 CHF. En 2023, avec un autre traitement onéreux, le Darzalex (120’000 CHF/an), ils ont représenté à eux deux une dépense de près de 300 millions de francs pour les caisses maladie suisses. Ce modèle, qui récompense l’innovation incrémentale par des prix élevés, crée une pression financière immense sur notre système d’assurance de base.

Comment savoir si votre profil génétique vous rend éligible à un traitement de précision ?

L’accès à une thérapie ciblée commence par une étape cruciale : le profilage moléculaire de votre tumeur. Il ne s’agit plus de traiter un « cancer du poumon », mais « un cancer du poumon avec une mutation EGFR », par exemple. Cette identification précise est la clé qui ouvre la porte au traitement personnalisé. Le parcours pour obtenir cette « carte d’identité » génétique de votre maladie est aujourd’hui bien structuré en Suisse, mais il demande une coordination entre plusieurs spécialistes.

Le point de départ est toujours une discussion avec votre oncologue traitant. Si votre type de cancer et son stade le justifient, il proposera un test moléculaire. Cela implique une biopsie pour prélever un échantillon de tissu tumoral, qui sera ensuite envoyé dans un laboratoire de pathologie moléculaire spécialisé, comme ceux des grands hôpitaux universitaires (HUG, CHUV, Inselspital). Les résultats sont ensuite discutés lors d’un « Molecular Tumor Board », une réunion pluridisciplinaire où pathologistes, généticiens et oncologues déterminent la meilleure stratégie thérapeutique pour vous, basée sur les altérations génétiques trouvées.

Parcours d'un patient pour l'analyse génomique dans un centre hospitalier suisse

Ce processus, bien que très performant sur le plan médical, n’est pas instantané. Entre la décision du test, l’analyse et la recommandation finale, plusieurs semaines peuvent s’écouler. De plus, si le traitement recommandé n’est pas encore sur la liste officielle des médicaments remboursés, une demande de prise en charge doit être soumise à votre assurance, ce qui peut ajouter des délais supplémentaires. Il faut parfois compter jusqu’à 6 semaines d’attente pour l’approbation du médecin-conseil. C’est un temps précieux et souvent anxiogène pour le patient et sa famille.

Votre feuille de route pour l’accès au test génomique en Suisse

  1. Discussion initiale : Abordez avec votre oncologue la pertinence d’un test moléculaire pour votre situation et demandez si votre type de tumeur possède des biomarqueurs connus.
  2. Prélèvement : Comprenez les modalités du prélèvement (biopsie) et la possibilité d’utiliser des échantillons de tissus déjà archivés suite à une précédente chirurgie.
  3. Analyse et Tumor Board : Renseignez-vous sur le centre qui réalisera l’analyse (pathologie moléculaire) et demandez quand votre cas sera présenté au Tumor Board pluridisciplinaire.
  4. Recommandation : Discutez en détail de la recommandation thérapeutique issue du profil moléculaire et des options de traitement qui en découlent (thérapies ciblées, immunothérapies).
  5. Plan de prise en charge : Si un traitement « hors-liste » est proposé, anticipez avec votre médecin la préparation de la demande de garantie de prise en charge pour votre assurance maladie.

Médecine personnalisée vs protocole standard : quel bénéfice réel pour l’espérance de vie ?

Face à des coûts si élevés, la question du bénéfice réel est légitime. La médecine personnalisée tient-elle ses promesses ? La réponse est nuancée. Pour le comprendre, il faut abandonner l’idée d’un traitement « miracle » et penser en termes de gains statistiques et de qualité de vie. La chimiothérapie standard peut être comparée à un tapis de bombes : elle détruit les cellules qui se divisent rapidement, qu’elles soient cancéreuses ou saines (d’où les effets secondaires importants). La thérapie ciblée, elle, est un missile guidé : elle vise une anomalie moléculaire spécifique de la cellule cancéreuse, la bloquant ou la détruisant avec beaucoup moins de dommages collatéraux.

Comparaison visuelle au niveau cellulaire entre thérapie ciblée et traitement standard

Le bénéfice ne se mesure pas toujours en termes de « guérison », surtout dans les stades avancés de la maladie. Il s’exprime souvent en survie sans progression (le temps pendant lequel la maladie est contrôlée) ou en survie globale (l’allongement de l’espérance de vie). Pour certains cancers, ce gain peut être spectaculaire, transformant une maladie rapidement mortelle en une condition chronique gérable pendant des années. Pour d’autres, le gain peut être de quelques mois. Mais ces mois sont souvent vécus avec une bien meilleure qualité de vie, moins d’effets secondaires invalidants, et la possibilité de maintenir une activité sociale et professionnelle.

C’est là toute la complexité de l’évaluation : quelle valeur accorder à six mois de vie supplémentaires passés en famille plutôt qu’à l’hôpital ? Le défi pour le système est de trouver un prix « juste » pour ce bénéfice, qui est à la fois quantifiable (en mois de survie) et profondément personnel (en qualité de vie). En tant que médecin, mon rôle est de vous présenter ces données de manière transparente : les chances de succès, la durée attendue du contrôle de la maladie et les effets secondaires potentiels, afin que vous puissiez prendre une décision éclairée avec vos proches.

Le risque de voir votre assurance de base refuser un médicament hors liste des spécialités

Le moment le plus difficile pour un patient et son oncologue est sans doute celui où le traitement idéal, identifié grâce au profilage génétique, n’est pas remboursé par l’assurance de base. C’est une situation malheureusement fréquente en Suisse. La raison ? Le médicament n’est pas encore inscrit sur la « Liste des spécialités » (LS), le catalogue officiel des médicaments pris en charge par l’assurance obligatoire des soins (AOS). Pour les nouveaux traitements oncologiques, le processus d’inscription peut prendre des mois, voire des années.

Dans cet intervalle, la seule voie de remboursement est une procédure au cas par cas, régie par l’article 71 de l’Ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal). L’oncologue doit soumettre un dossier complet au médecin-conseil de l’assurance, argumentant que le traitement représente une « grande promesse de succès » et qu’il n’existe pas d’alternative efficace. Le problème est que l’interprétation de ces critères varie énormément d’un assureur à l’autre, et même d’un canton à l’autre. Selon une enquête du journal Le Temps, près d’un tiers des traitements en oncologie relèvent de cet article 71, créant une véritable « jungle » administrative.

Cette situation génère une inégalité d’accès aux soins, un sentiment d’injustice pointé du doigt par les associations de patients. Comme le souligne Franziska Lenz, de la Ligue suisse contre le cancer :

Sur la base d’un même diagnostic, nous avons l’impression que le système actuel conduit à des injustices et à de l’arbitraire, selon les caisses et les cantons.

– Franziska Lenz, Responsable des affaires publiques de la Ligue suisse contre le cancer

L’étude de cas : Le combat d’Anne Deluz pour l’accès à l’immunothérapie

Le cas d’Anne Deluz, relayé par la RTS, illustre parfaitement ce parcours du combattant. Atteinte d’un cancer du sein invasif, son équipe médicale lui recommande une immunothérapie prometteuse. Malgré les avis concordants de plusieurs spécialistes, sa caisse maladie refuse la prise en charge, estimant que le bénéfice n’est pas suffisamment démontré selon les critères stricts de l’article 71. Face à l’urgence, Anne Deluz a dû financer elle-même le traitement, à hauteur de 10’000 CHF par mois, une charge financière insoutenable pour la plupart des ménages.

Ce risque de refus place les patients et les médecins dans une position extrêmement délicate, où des décisions vitales peuvent dépendre de l’interprétation d’un règlement plutôt que de la science médicale. C’est une source de stress immense qui s’ajoute au fardeau de la maladie.

Comment le suivi personnalisé réduit les effets secondaires et l’abandon du traitement ?

La médecine de précision ne se limite pas à la prescription du « bon » médicament. Elle englobe également un suivi personnalisé et rapproché, qui est fondamental pour le succès du traitement. Contrairement à une idée reçue, les thérapies ciblées ne sont pas dénuées d’effets secondaires. Ils sont différents de ceux de la chimiothérapie (moins de nausées ou de perte de cheveux), mais peuvent être tout aussi handicapants : problèmes de peau, diarrhées, hypertension, fatigue intense…

Un suivi par une équipe spécialisée (oncologues, infirmières cliniciennes, pharmaciens) permet d’anticiper, de gérer et d’atténuer ces effets indésirables. Cette gestion proactive est cruciale pour deux raisons. Premièrement, elle améliore considérablement la qualité de vie du patient pendant le traitement. Deuxièmement, et c’est un point essentiel, elle garantit une meilleure adhérence au traitement. Un patient qui souffre moins est un patient qui prendra son traitement correctement et sans interruption, ce qui est une condition sine qua non pour en maximiser l’efficacité.

Des centres d’excellence, comme le Centre des tumeurs neuroendocrines (TNE) du CHUV, se spécialisent dans cette approche holistique. En se concentrant sur des types de cancers rares, ils développent une expertise unique non seulement dans le choix des thérapies mais aussi dans la gestion fine des toxicités. Le fait que le Centre des tumeurs neuroendocrines du CHUV a accueilli 113 nouveaux patients en 2024 témoigne de l’importance croissante de ce suivi ultra-spécialisé. Ce modèle, qui place le patient au centre d’une équipe coordonnée, permet de réduire les hospitalisations en urgence, d’éviter les arrêts prématurés de traitement et, in fine, d’optimiser les chances de succès. Le coût initial d’une telle structure est ainsi compensé par une meilleure efficience globale du parcours de soin.

Quand lancer les discussions avec les assureurs : le timing pour être remboursé dès le lancement

Pour le patient, la question du timing est angoissante : quand le traitement sera-t-il enfin remboursé ? Pour les pharmas et les autorités, c’est un jeu d’équilibriste complexe. Dès qu’un traitement obtient son autorisation de mise sur le marché par Swissmedic, un long processus de négociation de prix s’engage avec l’OFSP. Ce processus peut durer plus d’un an. Pendant cette période, le traitement est disponible, mais son remboursement dépend de la fameuse procédure de l’article 71 OAMal.

Le bon timing pour un patient est donc d’anticiper. Dès qu’une thérapie ciblée est identifiée comme la meilleure option, votre oncologue doit préparer le dossier de demande de garantie de prise en charge pour l’assurance. Il est crucial que ce dossier soit le plus complet possible, avec des arguments scientifiques solides. La pression sur ce système s’intensifie d’année en année. Preuve en est, entre 2020 et 2024, le nombre de médicaments anticancéreux nécessitant une approbation préalable est passé de 53 à 91 principes actifs, surchargeant les médecins-conseils des assurances.

Représentation symbolique des négociations entre l'OFSP et l'industrie pharmaceutique

Pour accélérer l’accès, des modèles de remboursement provisoire avec des rabais (souvent secrets) sont parfois mis en place. Cependant, même ces solutions ont un coût significatif pour la collectivité. Une analyse de l’Université de Zurich a montré que le remboursement provisoire génère des coûts importants. Comme le rapporte la Ligue contre le cancer, une étude a estimé que « au cours des deux premières années suivant la prise en charge, les coûts supplémentaires s’élèveraient en moyenne à environ 34 millions de CHF par médicament ». Cela montre que chaque mois de négociation a un impact financier direct sur les primes maladie.

En tant que patient, vous n’avez que peu de prise sur ces négociations de haut niveau. Votre meilleure stratégie est d’avoir une communication transparente et continue avec votre équipe soignante, qui est votre meilleur avocat pour défendre votre dossier auprès de l’assurance le plus tôt et le plus solidement possible.

Pourquoi le relèvement de l’âge de la retraite est-il mathématiquement inévitable ?

À première vue, le lien entre le coût des thérapies ciblées et l’âge de la retraite peut sembler ténu. Pourtant, il est fondamental. Ces deux sujets sont les deux faces d’une même pièce : la soutenabilité financière de notre État social. Le système de santé et le système de prévoyance vieillesse (AVS) sont les deux plus grands postes de dépenses sociales en Suisse, et tous deux sont confrontés à une pression démographique et technologique sans précédent.

L’explosion des coûts de la santé, tirée par des innovations comme les thérapies ciblées, pèse directement sur les ménages via les primes maladie. Cette charge croissante réduit la capacité d’épargne des individus et la marge de manœuvre financière de la Confédération et des cantons. Simultanément, l’allongement de l’espérance de vie (auquel ces mêmes traitements contribuent) et le départ à la retraite des baby-boomers mettent l’AVS sous une pression énorme. Le ratio entre les actifs qui cotisent et les retraités qui perçoivent une rente se dégrade d’année en année.

Dans ce contexte, financer des traitements à plus de 100’000 francs par an et garantir des rentes AVS stables devient un arbitrage politique et sociétal majeur. Chaque franc dépensé dans le système de santé est un franc qui n’est pas disponible pour renforcer l’AVS, et vice-versa. Le relèvement de l’âge de la retraite est présenté par de nombreux économistes non pas comme un choix idéologique, mais comme une des rares variables d’ajustement mathématiques pour maintenir l’équilibre. Retarder l’âge de la retraite permettrait d’augmenter la période de cotisation et de diminuer la période de versement des rentes, dégageant ainsi des ressources financières qui pourraient, entre autres, aider à absorber le choc des coûts de l’innovation médicale.

La question du prix des médicaments n’est donc pas seulement une affaire entre pharmas et assureurs. C’est une question de société qui nous oblige à réfléchir collectivement à la valeur que nous accordons à la santé, à la solidarité intergénérationnelle et aux réformes structurelles nécessaires pour préserver notre modèle social face aux défis du 21e siècle.

À retenir

  • Le prix des thérapies ciblées en Suisse est fixé sur leur valeur thérapeutique perçue (efficacité) et non sur leur coût de production.
  • L’accès à ces traitements dépend d’un profilage génétique et est souvent ralenti par des délais administratifs, notamment via l’article 71 OAMal.
  • Le bénéfice réel se mesure autant en qualité de vie et en gestion des effets secondaires qu’en mois de survie supplémentaires.

Comment les « Labs-on-chip » vont décentraliser les analyses médicales en Suisse ?

Après avoir exploré les complexités actuelles du coût et de l’accès, il est important de se tourner vers l’avenir. L’une des évolutions technologiques les plus prometteuses pour la médecine personnalisée est le développement des « Labs-on-chip ». Il s’agit de dispositifs miniaturisés, de la taille d’une carte de crédit, capables de réaliser des analyses biologiques complexes qui nécessitent aujourd’hui des laboratoires entiers.

Imaginez pouvoir réaliser une partie du profilage moléculaire d’une tumeur non plus en envoyant un échantillon dans un grand centre universitaire, mais directement au cabinet du médecin ou dans un laboratoire de proximité. C’est la promesse des « Labs-on-chip ». En intégrant toutes les étapes de l’analyse (préparation de l’échantillon, réaction, détection) sur une seule puce, cette technologie pourrait radicalement accélérer le diagnostic et réduire les coûts logistiques. Pour un pays comme la Suisse, avec une forte tradition de microtechnique et un territoire parfois montagneux, la décentralisation des analyses est une perspective particulièrement attrayante.

Cette technologie pourrait avoir un impact direct sur plusieurs points que nous avons abordés. En fournissant un résultat plus rapidement, elle réduirait le temps d’attente anxiogène pour les patients et permettrait d’initier le traitement plus tôt. En automatisant les processus, elle pourrait, à terme, diminuer le coût des analyses elles-mêmes, qui représente une part non négligeable du parcours de soin initial. Enfin, en rendant le diagnostic plus accessible, elle pourrait faciliter le suivi de la maladie en temps réel (par exemple, via des biopsies liquides analysées rapidement) pour ajuster le traitement en cas d’apparition de résistances.

Bien sûr, nous n’en sommes qu’aux prémices. La validation clinique, l’intégration dans les flux de travail médicaux et la question du remboursement de ces nouveaux outils sont des défis encore à relever. Néanmoins, les « Labs-on-chip » représentent une lueur d’espoir : une innovation technologique qui, au lieu d’augmenter les coûts, pourrait potentiellement les rationaliser tout en améliorant l’efficience et l’accessibilité de la médecine de précision pour tous les patients en Suisse.

Comprendre ces mécanismes complexes est la première étape pour devenir un patient partenaire, capable de dialoguer de manière éclairée avec votre équipe soignante. Pour aller plus loin et évaluer les options concrètes qui s’offrent à vous, une discussion approfondie avec votre oncologue est l’étape suivante la plus importante.

Rédigé par Dr. Simon Lévy, Médecin cardiologue et consultant en santé numérique, expert en télémédecine et dossier électronique du patient.