
La domination de Bâle sur Boston ne tient pas qu’à ses géants, mais à un écosystème hyper-dense qui transforme la proximité en vitesse de développement et en opportunités de carrière uniques.
- Les investissements massifs et continus de Roche et Novartis ancrent l’innovation sur place, créant une stabilité inégalée.
- La synergie unique entre Big Pharma, un tissu de 700 biotechs et les pôles académiques d’excellence (EPF) génère un flux constant de talents et de projets.
Recommandation : Pour un scientifique ambitieux, comprendre ce « mécanisme bâlois » est la première étape pour y bâtir une carrière d’exception.
Vous êtes un chercheur de talent, un cadre visionnaire en biotechnologie. Votre regard est probablement tourné vers Boston, son MIT, ses startups bouillonnantes et son écosystème d’innovation vibrant. On vous a vendu le rêve américain de la pharma, et c’est une vision séduisante. En parallèle, on vous parle de Bâle, de ses géants historiques, Roche et Novartis, et de la fameuse qualité de vie suisse. La comparaison semble vite faite : d’un côté, le dynamisme disruptif ; de l’autre, la puissance établie.
Pourtant, cette vision est incomplète. Elle passe à côté de l’essentiel, de ce qui fait la force cachée et la résilience extraordinaire de l’écosystème bâlois. Limiter Bâle à ses deux champions, c’est comme juger un iceberg à sa partie émergée. La véritable puissance du cluster ne réside pas seulement dans sa taille, mais dans sa densité exceptionnelle. C’est un mécanisme d’horlogerie suisse où chaque composant – Big Pharma, biotechs, instituts de recherche, régulateurs et talents – est si proche et interconnecté que la vitesse de l’innovation et des carrières s’en trouve démultipliée.
Et si la question n’était pas « Bâle ou Boston ? », mais plutôt « Comment l’écosystème bâlois transforme-t-il la proximité en un avantage compétitif absolu ? ». Cet article n’est pas une brochure touristique. En tant que spécialiste du recrutement en Life Sciences, je vous propose de décortiquer ce mécanisme unique. Nous verrons comment les investissements massifs façonnent l’avenir, pourquoi la densité du réseau est votre meilleur atout carrière, et comment la Suisse transforme même les défis réglementaires en opportunités stratégiques. Vous êtes sur le point de comprendre pourquoi, pour un talent comme vous, Bâle est bien plus qu’une alternative : c’est un choix stratégique.
Pour vous guider à travers les rouages de cette capitale mondiale des sciences de la vie, cet article explore les facteurs clés de sa domination. Le sommaire ci-dessous vous donne un aperçu des points que nous allons aborder ensemble.
Sommaire : Analyse de la suprématie de Bâle dans l’industrie pharmaceutique
- Pourquoi Roche et Novartis investissent-ils encore des milliards sur les rives du Rhin ?
- Comment convaincre un chercheur américain de déménager à Bâle-Campagne ?
- Start-up biotech ou Big Pharma : où votre carrière scientifique décollera-t-elle le plus vite ?
- L’erreur de conformité Swissmedic qui peut retarder votre essai clinique de 6 mois
- Comment la densité du réseau bâlois réduit-elle le temps de développement d’une molécule ?
- Pourquoi 40% des licornes suisses naissent-elles à proximité des écoles polytechniques ?
- Comment intégrer les cercles d’influence lémaniques quand on vient de l’extérieur ?
- Pourquoi la Suisse reste-t-elle une terre d’élection pour la Medtech malgré le rejet de l’accord-cadre avec l’UE ?
Pourquoi Roche et Novartis investissent-ils encore des milliards sur les rives du Rhin ?
La réponse la plus évidente à la domination de Bâle est souvent la plus juste : l’engagement inébranlable de ses deux géants, Roche et Novartis. Mais cet engagement n’est pas un simple héritage historique ; c’est une stratégie active et massivement financée qui ancre l’avenir de la pharma mondiale sur les bords du Rhin. Loin de délocaliser leur R&D vers des pôles émergents, ces mastodontes doublent leur mise sur leur territoire d’origine. C’est un signal extrêmement puissant pour les talents du monde entier : le cœur de l’innovation bat ici, et il est irrigué par des flux financiers colossaux.
Prenons l’exemple de Roche. L’entreprise a récemment inauguré un nouveau centre de recherche et développement de pointe, un projet pharaonique. Comme l’indiquent les annonces officielles, cet engagement se chiffre à 1,2 milliard de CHF pour ce seul centre, avec des investissements totaux qui devraient atteindre 5,8 milliards de CHF d’ici 2030. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils financent des infrastructures ultramodernes, attirent les meilleurs cerveaux et créent un environnement où la science de demain peut s’épanouir. Il ne s’agit pas de maintenir des acquis, mais de construire activement la prochaine génération de découvertes.
Cette concentration de capital et de matière grise a un effet d’aimant. La région de Bâle compte aujourd’hui environ 28’000 professionnels de l’industrie pharmaceutique, ce qui représente plus de la moitié de toute la main-d’œuvre du secteur en Suisse. Cet écosystème ne se limite pas aux deux géants ; il est composé d’environ 700 entreprises des sciences de la vie qui gravitent autour, créant une densité de compétences unique au monde. Comme le résume parfaitement Jürg Erismann, directeur du site de Bâle pour Roche, à propos de ces investissements :
ces investissements constituent ‘un nouvel engagement clair en faveur du site de recherche et de production de Bâle et de la Suisse’
– Jürg Erismann, directeur du site de Bâle
Pour un talent international, cela signifie une chose : la stabilité et l’ambition. Venir à Bâle, c’est rejoindre un écosystème qui ne se contente pas de vivre sur sa réputation, mais qui investit massivement pour la renforcer pour les décennies à venir. C’est un pari sur la croissance et l’innovation à long terme.
Comment convaincre un chercheur américain de déménager à Bâle-Campagne ?
En tant que chasseur de têtes, c’est une question que j’aborde quotidiennement. Pour un chercheur basé à Boston ou San Diego, l’idée de déménager dans la « campagne » bâloise peut sembler contre-intuitive. Les arguments classiques comme la sécurité, les paysages et le chocolat sont sympathiques, mais ils ne suffisent pas à convaincre un talent de classe mondiale. La véritable force de persuasion réside dans des arguments professionnels et stratégiques que peu d’autres endroits peuvent offrir. Il faut parler le langage de l’ambition et de l’opportunité.
Le premier argument est celui de la centralité et de l’accès. Bâle n’est pas une ville isolée ; elle est au cœur de l’Europe. Sa position tri-nationale unique offre un accès direct non seulement au marché du travail suisse, mais aussi aux bassins de talents et de vie français et allemands. Pour un chercheur, cela signifie une flexibilité de vie et de carrière sans équivalent. Professionnellement, cette centralité se traduit par une concentration exceptionnelle de pairs et d’experts. Chez Roche seule, plus de 1800 scientifiques issus de près de 60 pays travaillent déjà sur le site de Bâle. Vous ne rejoignez pas une entreprise, vous intégrez une véritable ONU de la science.
Le second argument est la qualité et la densité des interactions professionnelles. À Bâle, les leaders mondiaux de votre domaine ne sont pas à une conférence annuelle ou à un vol d’avion ; ils sont littéralement vos voisins. Vous pouvez croiser un directeur de R&D de Novartis au supermarché, ou échanger avec le fondateur d’une biotech prometteuse au club de sport. Cette proximité physique crée des « collisions fertiles », des opportunités informelles d’échange et de collaboration qui accélèrent les projets et les carrières. C’est un avantage intangible mais extrêmement puissant que les campus étendus de la côte Est américaine ne peuvent pas reproduire avec la même intensité.
Enfin, l’argument de l’équilibre n’est pas à négliger, mais il doit être présenté sous un angle professionnel. La proximité avec la nature – le Jura, la Forêt-Noire – n’est pas seulement un atout pour les week-ends ; c’est un facteur qui permet de recharger ses batteries intellectuelles et de maintenir une créativité et une productivité de haut niveau sur le long terme. C’est l’assurance de pouvoir mener une carrière de pointe sans sacrifier son bien-être, un argument de plus en plus crucial pour les talents les plus recherchés.
Start-up biotech ou Big Pharma : où votre carrière scientifique décollera-t-elle le plus vite ?
C’est le dilemme classique pour tout scientifique ambitieux : la stabilité et les ressources d’un géant pharmaceutique, ou l’agilité et le potentiel de croissance exponentiel d’une start-up ? À Bâle, la beauté de l’écosystème est que vous n’avez pas vraiment à choisir. Le « mécanisme bâlois » est conçu de telle sorte que les frontières entre ces deux mondes sont incroyablement poreuses, créant des trajectoires de carrière hybrides et accélérées.
Opter pour la Big Pharma à Bâle, c’est intégrer une machine de R&D dotée de moyens quasi illimités, où vous pouvez travailler sur des projets d’une ampleur et d’un impact mondial. C’est avoir accès à des technologies de pointe et à des données propriétaires qui peuvent faire avancer la science à pas de géant. Cependant, contrairement à d’autres sièges sociaux, l’influence de l’écosystème start-up est omniprésente. Les géants comme Roche et Novartis sont en mode de veille et d’acquisition permanente, ce qui signifie que même en interne, vous êtes exposé à une culture entrepreneuriale et à des projets innovants issus de l’extérieur.
D’un autre côté, rejoindre une start-up dans l’écosystème bâlois, ou plus largement suisse, n’est pas un saut dans le vide. Ces jeunes pousses sont souvent directement issues des meilleures institutions académiques mondiales. L’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), par exemple, a un bilan impressionnant, ayant vu naître plus de 500 startups au cours des dernières décennies. Ces entreprises bénéficient d’un soutien structurel robuste. Selon le programme Startup Launchpad de l’EPFL, les projets peuvent recevoir des financements conséquents, comme CHF 100’000 par projet Innogrant, pour transformer une idée de laboratoire en une entreprise viable. Cela réduit considérablement le risque tout en maximisant le potentiel de succès.

La fluidité entre ces deux mondes est la clé. Il est courant de voir un chercheur commencer sa carrière chez Novartis, lancer une spin-off avec le soutien d’un incubateur lié à l’EPFL, puis voir sa start-up rachetée par Roche quelques années plus tard. Cette perméabilité signifie que votre carrière n’est pas enfermée dans une voie unique. Vous pouvez naviguer entre la structure et l’agilité, en tirant le meilleur des deux mondes à chaque étape de votre parcours. À Bâle, la question n’est pas « où commencer ? », mais « combien de cycles d’innovation pouvez-vous vivre ? ».
L’erreur de conformité Swissmedic qui peut retarder votre essai clinique de 6 mois
Naviguer dans le paysage réglementaire est un aspect critique de la recherche pharmaceutique, et une erreur peut coûter des millions et des mois de retard. La relation complexe entre la Suisse et l’Union Européenne est un point de vigilance majeur, particulièrement depuis le rejet de l’accord-cadre. Pour un chercheur ou une entreprise venant des États-Unis, ignorer les subtilités de la conformité Swissmedic et des nouvelles exigences européennes est une erreur stratégique qui peut s’avérer fatale pour un projet.
Le point de rupture a eu lieu en mai 2021. Depuis cette date, l’industrie suisse des technologies médicales (Medtech) a perdu son accès privilégié et sans friction au marché unique européen. La Suisse est désormais considérée comme un « pays tiers », ce qui a des implications bureaucratiques et financières considérables. Comme le soulignait lucidement Daniel Delfosse, responsable des affaires réglementaires chez Swiss Medtech, avant même que la situation ne se concrétise :
Sans accord-cadre, l’Europe nous considérera comme un État tiers
– Daniel Delfosse, responsable des affaires réglementaires chez Swiss Medtech
Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour votre essai clinique ? L’erreur la plus commune est de sous-estimer la nouvelle charge administrative. Par exemple, chaque entreprise suisse qui souhaite commercialiser un dispositif médical dans l’UE doit désormais désigner un mandataire comme représentant légal au sein de l’Union. Inversement, une entreprise américaine qui utilise la Suisse comme base européenne doit faire de même pour accéder au marché suisse. Omettre cette étape, ou mal la documenter, peut bloquer votre produit à la frontière pendant des mois, le temps que la conformité soit établie. Pour un essai clinique où le timing est essentiel, un tel retard peut compromettre l’ensemble du projet de recherche.
Cette nouvelle donne implique non seulement des délais, mais aussi des coûts directs et indirects. La mise en conformité a un prix, et les ressources allouées à la gestion de cette complexité administrative sont des ressources qui ne sont pas investies dans la R&D. L’erreur serait de penser que l’excellence scientifique de votre molécule suffit. Sans une stratégie réglementaire parfaitement alignée sur ce nouveau paradigme post-accord-cadre, même la plus prometteuse des thérapies peut se retrouver paralysée dans les méandres de la bureaucratie. La maîtrise de ces enjeux n’est plus une option, c’est une condition sine qua non du succès.
Comment la densité du réseau bâlois réduit-elle le temps de développement d’une molécule ?
C’est peut-être l’avantage concurrentiel le plus puissant et le moins tangible de Bâle : la vitesse. Dans l’industrie pharmaceutique, le temps, c’est de l’argent, mais c’est surtout des vies. Réduire le cycle de développement d’une molécule, même de quelques mois, représente une valeur immense. La densité unique de l’écosystème bâlois agit comme un véritable catalyseur, optimisant chaque étape du processus de R&D grâce à la proximité physique et intellectuelle de tous les acteurs clés.
Imaginez le scénario suivant. Votre équipe de recherche rencontre un obstacle inattendu dans la formulation d’une nouvelle molécule. À Boston, la solution pourrait se trouver dans un laboratoire de l’autre côté de la ville, nécessitant de planifier une réunion, de traverser le trafic, etc. À Bâle, il y a de fortes chances que l’un des plus grands experts mondiaux de ce problème spécifique travaille littéralement dans le bâtiment d’en face, chez un concurrent ou dans une biotech partenaire. Une discussion informelle à la cafétéria, un appel rapide ou une rencontre impromptue peuvent débloquer la situation en quelques heures, et non en quelques semaines. C’est ce que j’appelle les « collisions fertiles » : des interactions non planifiées mais à très haute valeur ajoutée, rendues possibles par une concentration géographique extrême.
Cette proximité s’étend à toute la chaîne de valeur. Avez-vous besoin d’un partenaire pour la production (CMO) ? Lonza, un leader mondial, est sur place. Avez-vous besoin d’une expertise réglementaire pointue ? Les anciens de Swissmedic et des divisions réglementaires de Roche et Novartis ont souvent créé leurs propres cabinets de conseil à quelques kilomètres de là. Cette concentration historique, bâtie sur plus d’un siècle, crée un écosystème où chaque besoin peut trouver une solution locale, experte et rapide. Le tableau suivant illustre bien les racines profondes de ce réseau :
| Entreprise | Année de fondation | Origine | Emplois aujourd’hui |
|---|---|---|---|
| Roche | 1896 | F. Hoffmann-La Roche | 100 000+ |
| Novartis | 1996 | Fusion Ciba-Geigy et Sandoz | 100 000+ |
| Lonza | 1897 | Chimie/Pharma | 14 500 |
Cette concentration n’est pas statique. Elle crée une culture de l’excellence et une compétition saine. La connaissance circule plus vite, les meilleures pratiques sont adoptées plus rapidement, et le niveau d’exigence général est tiré vers le haut. Pour un chercheur, cela signifie travailler dans un environnement où la performance et l’efficacité sont la norme, ce qui se traduit inévitablement par une accélération des projets et, par conséquent, de sa propre carrière.
Pourquoi 40% des licornes suisses naissent-elles à proximité des écoles polytechniques ?
Si Bâle est le cœur industriel de la pharma suisse, le cerveau de l’écosystème d’innovation se trouve en grande partie du côté de l’arc lémanique et de Zurich, autour des Écoles Polytechniques Fédérales (EPF). La connexion entre l’excellence académique de l’EPFL (Lausanne) et de l’ETH (Zurich) et l’émergence des entreprises les plus prometteuses du pays n’est pas une coïncidence. C’est le résultat d’une stratégie délibérée visant à transformer la recherche fondamentale en succès commerciaux, un pipeline qui alimente directement le cluster bâlois en innovations et en talents.
Le premier ingrédient est un vivier de talents de classe mondiale. Ces institutions n’attirent pas seulement les meilleurs étudiants suisses, mais agissent comme un aimant pour les cerveaux du monde entier. En 2024, selon les statistiques officielles de l’EPFL, l’école comptait 14 012 étudiants de plus de 130 nationalités. Ce mélange de cultures et de perspectives crée un environnement intellectuellement stimulant, propice à l’émergence d’idées disruptives. Pour une entreprise comme Novartis ou une biotech bâloise, ce flux constant de diplômés hautement qualifiés et formés à la pointe de la science est une ressource inestimable.
Le deuxième ingrédient est la culture de la « translation », c’est-à-dire la capacité à traduire une découverte scientifique en une application concrète et commercialisable. Les EPF ne sont pas des tours d’ivoire académiques. Elles ont mis en place des structures de soutien extrêmement efficaces, comme les parcs d’innovation et les programmes d’incubation (Innogrant, etc.), pour aider les chercheurs à devenir des entrepreneurs. Cette culture encourage la prise de risque et fournit les outils – financement d’amorçage, mentorat, accès à des laboratoires – pour transformer un projet de thèse en une future licorne de la biotech.
Cette synergie crée une boucle de rétroaction positive. Les succès des spin-offs de l’EPFL, comme MindMaze ou ADC Therapeutics, renforcent la réputation de la Suisse comme terre d’innovation. Cela attire à son tour plus d’investisseurs et de talents internationaux, qui viennent non seulement pour les géants de Bâle, mais aussi pour l’effervescence de l’écosystème start-up. Pour un chercheur, cela signifie que la Suisse offre un spectre complet d’opportunités, de la recherche fondamentale la plus pointue à l’entrepreneuriat de haute technologie, le tout dans un périmètre géographique très restreint.
Comment intégrer les cercles d’influence lémaniques quand on vient de l’extérieur ?
Arriver en tant qu’étranger dans un écosystème aussi dense et établi que celui de l’arc lémanique (Genève-Lausanne) peut être intimidant. Les réseaux sont souvent anciens, discrets et basés sur des relations de longue date. Tenter de « forcer la porte » est rarement la bonne stratégie. L’intégration réussie passe par une approche subtile et stratégique, en utilisant les plateformes et les institutions conçues pour faciliter ces connexions. Il ne s’agit pas de réseauter agressivement, mais de devenir une partie intégrante et respectée de la communauté.
La clé est de s’immerger là où l’innovation et la collaboration se produisent naturellement. Les parcs technologiques et les campus affiliés aux universités sont les portes d’entrée les plus efficaces. Comme le souligne la description officielle du Campus Biotech à Genève, où EPFL Geneva est implanté, c’est un lieu où « l’interdisciplinarité et la translation sont au cœur des projets ». S’impliquer dans ces hubs est fondamental. Cela ne veut pas dire simplement y avoir un bureau, mais participer activement à la vie du campus : assister à des séminaires, proposer des collaborations, mentorer de plus jeunes chercheurs. C’est en apportant de la valeur que l’on se fait reconnaître.
Le networking en Suisse est souvent moins transactionnel et plus relationnel que dans les cultures anglo-saxonnes. Il est crucial de construire la confiance sur le long terme. Participer aux événements organisés par des associations professionnelles comme BioAlps est une excellente manière de rencontrer ses pairs dans un cadre formel mais collaboratif. Il faut y aller avec l’intention d’apprendre et de contribuer, pas seulement de collecter des cartes de visite. Pour un chercheur ou un entrepreneur, une stratégie d’intégration efficace peut se résumer en un plan d’action concret.
Votre plan d’action pour intégrer l’écosystème lémanique
- Points de contact : Identifiez les programmes d’accélération de l’EPFL Innovation Park et les événements de networking du Campus Biotech comme points d’entrée principaux.
- Collecte : Inventoriez les projets de recherche des laboratoires universitaires qui sont alignés avec vos compétences et proposez des collaborations ciblées.
- Cohérence : Assurez-vous que votre projet ou votre profil est en adéquation avec les valeurs de l’écosystème : excellence scientifique, collaboration interdisciplinaire et vision à long terme.
- Mémorabilité/émotion : Participez aux événements de l’association BioAlps et contribuez activement aux discussions pour vous faire remarquer par votre expertise plutôt que par votre autopromotion.
- Plan d’intégration : Établissez des partenariats formels avec des centres de recherche et envisagez de contribuer à des fondations d’utilité publique locales pour vous ancrer dans le tissu social et professionnel.
En fin de compte, l’intégration est une question de crédibilité. En démontrant votre excellence scientifique et votre volonté de contribuer à la communauté, vous transformerez progressivement votre statut d’ « extérieur » en celui de « partenaire de confiance ». C’est un investissement en temps et en énergie, mais c’est la seule voie durable vers les cercles d’influence.
À retenir
- La domination de Bâle repose sur un engagement financier massif et continu de ses géants pharmaceutiques, garantissant des infrastructures de pointe et une forte attractivité pour les talents.
- La densité unique du réseau, qui rassemble Big Pharma, biotechs, PME et monde académique, accélère l’innovation et offre des opportunités de carrière fluides et dynamiques.
- Le pragmatisme suisse transforme les défis réglementaires, comme la relation avec l’UE, en opportunités stratégiques, notamment en se tournant vers d’autres marchés comme celui des États-Unis.
Pourquoi la Suisse reste-t-elle une terre d’élection pour la Medtech malgré le rejet de l’accord-cadre avec l’UE ?
Le rejet de l’accord-cadre avec l’Union Européenne a été un véritable séisme pour l’industrie Medtech suisse, la privant de son accès direct au marché unique et la soumettant à des contraintes de pays tiers. Face à ce qui s’annonçait comme un obstacle majeur, beaucoup prédisaient un déclin de l’attractivité de la Suisse. Pourtant, le secteur n’a pas seulement résisté ; il a démontré une capacité d’adaptation et un pragmatisme qui renforcent, paradoxalement, son statut de terre d’élection pour l’innovation.
La résilience du secteur repose d’abord sur sa taille et sa valeur intrinsèques. Le marché suisse des dispositifs médicaux est tout sauf négligeable, représentant, plus de 24 milliards de dollars en 2022. Cette force économique donne au pays une influence et des moyens pour définir sa propre voie. Plutôt que de subir passivement la situation, la Suisse a adopté une stratégie proactive et audacieuse, illustrant parfaitement le « pragmatisme réglementaire » qui la caractérise.
Étude de cas : Le pivot stratégique vers la FDA
Face à la complexité accrue des relations avec l’UE, le Parlement suisse a pris une décision stratégique en octobre 2022 : voter pour accepter sur son territoire les dispositifs médicaux déjà approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Cette mesure, dont la mise en œuvre finale est attendue, est une véritable révolution. Elle ouvre une voie rapide et efficace pour les fabricants, notamment américains, qui peuvent ainsi accéder au marché suisse sans passer par la lourde certification européenne CE. Pour les entreprises suisses, c’est aussi une incitation à se tourner davantage vers le marché américain, créant un pont réglementaire transatlantique. Cette adaptation transforme une dépendance européenne en une double opportunité stratégique vers l’un des plus grands marchés mondiaux.
Cette agilité démontre une culture qui privilégie les solutions efficaces aux blocages idéologiques. Pour une entreprise de Medtech ou un chercheur, cela signifie évoluer dans un environnement où les autorités sont des partenaires qui cherchent à faciliter l’innovation, et non à l’entraver. La Suisse a prouvé qu’elle était capable de créer ses propres règles du jeu pour maintenir sa compétitivité. Cet état d’esprit, combiné à un écosystème d’innovation de premier ordre et à un accès privilégié au capital, fait que la Suisse reste, malgré les défis, un lieu exceptionnellement attractif pour développer et lancer les technologies médicales de demain.
Pour vous, talent international, comprendre ce mécanisme complexe est le premier pas. La prochaine étape consiste à évaluer précisément comment vos compétences et ambitions peuvent s’insérer et s’épanouir au sein de cet écosystème unique. C’est là que l’accompagnement d’un expert devient crucial.
Questions fréquentes sur le cluster pharmaceutique de Bâle
Quel est le statut actuel de la Suisse face aux régulations européennes ?
Depuis le 26 mai 2021, l’industrie medtech suisse a perdu l’accès direct au marché unique européen et doit répondre aux exigences bureaucratiques d’un pays tiers. Cela signifie des contrôles supplémentaires et des obligations administratives nouvelles pour exporter vers l’UE.
Quelles sont les nouvelles obligations pour exporter vers l’UE ?
Chaque entreprise suisse doit nommer un mandataire comme représentant légal dans l’UE. De même, les entreprises de l’UE souhaitant vendre en Suisse doivent désigner un représentant suisse. Cette obligation crée une couche administrative et des coûts supplémentaires.
Quel impact financier pour les entreprises suisses ?
Le coût de cette nouvelle mise en conformité a été estimé à plus de 100 millions de francs pour les quelque 350 entreprises concernées par le changement de statut. Cet impact se répercute sur les marges et les investissements en R&D.